WaterAidMali site
AccueilPrsentationNotre actionNos partenairesActualitDocumentsContactez-nous

Faire le lien entre crédit et accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène


Un système de crédit rotatif à Nafadji
par Adama Sanogo

WaterAid est présente à Nafadji depuis 2001 à travers un partenariat avec une ONG locale, JIGI, qui met en œuvre des projets de construction d’infrastructures hydrauliques et d’assainissement (postes d’eau communautaires, latrines familiales et puisards) en y incorporant la promotion de l’hygiène. Concernant la question générale des pratiques d’hygiène liées à l’eau de boisson, l’un des objectifs visés était de modifier les comportements associés au transport de l’eau. Les usagers utilisaient des seaux sans couvercle pour aller chercher l’eau, celle-ci pouvant être contaminée durant le transport jusqu’au domicile.

Après deux ans de sensibilisation active des habitants à la nécessité d’utiliser des récipients équipés de couvercles pour le transport de l’eau, l’équipe du JIGI ne constatait aucun signe apparent de changement : les femmes continuaient à utiliser des seaux sans couvercle pour acheminer l’eau de la borne-fontaine jusqu’à la maison. Il fallait donc trouver le moyen de faciliter l’acquisition par les ménages de récipients adaptés. Après différentes expérimentations, le système de crédit rotatif a été adopté.

Objectifs du système de crédit rotatif:

  • Réduire l’incidence des maladies liées à la consommation d’eau polluée;
    Améliorer la qualité de l’eau de boisson;
  • Donner aux femmes défavorisées de Nafadji les moyens financiers d’acheter des seaux adaptés au transport de l’eau;
  • Élargir l’utilisation des seaux équipés de couvercles conçus pour le transport sûr et hygiénique de l’eau; 
  • Établir une organisation communautaire de femmes centrée sur la question de l’eau.
  • Mise en place du système de crédit rotatif : stratégie et déroulement des différentes étapes
  • Analyse de la situation
  • Suite à l’analyse critique du comportement des femmes, l’équipe de terrain a conclu que les raisons pour lesquelles les femmes refusaient de recouvrir leurs seaux étaient relativement simples:


D’une part les seaux simples n’étaient pas conçus pour y adapter un couvercle, et d’autre part ceux qui étaient vendus avec couvercle étaient chers. Avec les bénévoles des communautés et les représentants des femmes, les responsables du projet ont cherché des solutions pour surmonter ces obstacles.

Mise en place d’un fonds

Une enquête informelle sur les systèmes d’épargne et de crédit existant à Nafadji a montré qu’il existait différentes pratiques, des systèmes informels de tontine aux institutions financières mutuelles décentralisées.

La tontine est, globalement, une sorte de fonds de prévoyance. Ce système permet aux femmes – et parfois aux hommes – d’effectuer un versement régulier, d’un montant identique pour chaque personne, à un responsable chargé de gérer les fonds. Cet « administrateur » reverse ces fonds à celui ou à celle qui est jugé le plus dans le besoin à un moment donné. Le système se perpétue jusqu’à ce que chaque membre ait reçu une somme équivalente au total des versements qu’il a effectués. Le responsable doit également gérer le non-paiement des contributions et arbitrer les conflits.

Les systèmes financiers décentralisés sont, comme leur nom l’indique, des intermédiaires financiers, le plus souvent des caisses villageoises d’épargne et de crédit. Les femmes y ouvrent un compte qu’elles alimentent régulièrement. Une fois qu’elles ont épargné un certain montant, elles peuvent faire un emprunt à la caisse et le rembourser selon les termes fixés. Le taux d’intérêt varie d’un système à l’autre.
Après avoir étudié ces deux pratiques, le projet de Nafadji a jugé nécessaire de créer un nouveau système de crédit rotatif pour échapper aux inconvénients des autres systèmes d’épargne et de crédit. Les conflits étaient liés aux aspects suivants:

  • le principe de la tontine;
  • la perte des contributions;
  • les détournements de fonds de la part des leaders (les personnes influentes de la région profitant de leur statut social) ;
  • le montant élevé des intérêts, celui-ci pouvant être supérieur à ce que les femmes tirent de leurs activités génératrices de revenu.
  • La stratégie WaterAid : le système de crédit rotatif

L’équipe de terrain a réalisé une enquête auprès des femmes pour savoir ce qu’elles pensaient d’un système de crédit rotatif qui leur permettrait d’accéder à des fonds pour acheter des récipients adaptés au transport de l’eau. Cette initiative a mené à l’établissement d’un premier groupe de 170 femmes, avec un budget initial de 255 000 francs CFA (288 euros), abondé par le comité de gestion du point d’eau. Grâce à ce système, chaque femme a obtenu un seau équipé d’un couvercle, le remboursement devant se faire en quatre versements échelonnés sur quatre semaines.

Un système de garantie : les groupes d’entraide

Pour minimiser le risque de non-paiement des versements, l’équipe de terrain a établi des groupes d’entraide regroupant cinq à neuf femmes. Ce groupe d’entraide est responsable des prêts de chaque femme appartenant au groupe. L’avantage de ce système tient au fait que si un membre du groupe ne rembourse pas la somme due, le reste du groupe doit pallier ce non-paiement ou faire pression sur la personne concernée pour qu’elle effectue son remboursement. Il existe donc une pression sociale exercée sur chaque femme. Le président et le trésorier tiennent un journal des opérations relatives au crédit du groupe et rendent compte au bénévole ou à l’animateur.

Fiches de gestion des prêts

Cet outil a été développé pour veiller à la gestion transparente des crédits. Les fiches indiquent tous les paiements effectués par les membres. Elles sont tenues par l’équipe de terrain (les animateurs), le coordinateur et les leaders des groupes d’entraide.
Négociation du prix d’achat

Pour garantir un coût d’achat abordable pour les femmes, le projet a négocié les prix avec SOACAP, principal fabricant de seaux en plastique, une entreprise bien connue à Bamako. Grâce aux économies d’échelle liées à l’achat en gros, et compte tenu de la nature sociale de la transaction, le fabriquant a accepté de fournir les seaux au tarif d’usine, inférieur à celui du marché. L’usine a également accepté de livrer les marchandises gratuitement au comité de gestion. Les seaux coûtent normalement 2 000 francs CFA (3,05 euros) au prix du marché, mais le projet a négocié un tarif de 1 500 francs CFA (2,29 euros). Ce prix abordable a dopé la demande ; chaque foyer de Nafadji souhaite désormais posséder un seau.

Gestion et administration des prêts

Au niveau communautaire:
Les bénévoles habitent au sein même de la communauté ; ils ont donc été chargés d’identifier les besoins des ménages pour les seaux. Une fiche d’identification conçue spécialement à cet effet est remplie et transmise à l’animateur (voir plus loin). Elle précise le nom des femmes, le nom du foyer et une estimation des revenus. Le bénévole aide l’animateur à créer le groupe d’entraide et collecte l’argent que ce dernier a réuni si personne n’est en mesure de consigner par écrit correctement le montant des remboursements effectués.

Le groupe d’entraide
Le président et le trésorier sont chargés de contrôler la situation du crédit collectif. Ils veillent à ce que chaque membre respecte ses engagements, et informent le bénévole de toute irrégularité au sein du groupe. Ils remplissent les fiches quotidiennes et hebdomadaires détaillant les paiements liés aux cycles de remboursement.

Au niveau du projet
L’animateur collecte les informations réunies par le bénévole et transmet ses conclusions au coordinateur. L’animateur participe à la gestion courante au niveau communautaire et s’assure que l’agent communautaire maîtrise la procédure et agit de façon professionnelle. Il/elle les conseille sur la façon d’améliorer leurs pratiques et, quand commencent les décaissements au début du cycle, réunit le groupe et aide le bénévole et le président à distribuer les prêts.

Le coordinateur de terrain mène les négociations avec le fabricant de seaux et veille à ce que les marchandises soient livrées. Il rassemble également toutes les données fournies par l’animateur, analyse l’évolution du cycle de crédit et valide la décision d’engager un nouveau cycle. Son rôle consiste par ailleurs à rendre compte des progrès réalisés et à suggérer des décisions stratégiques et/ou managériales.

Rotation du fonds

Le fonds initial a été prêté à 170 femmes qui ont entamé un cycle de remboursement de quatre semaines, à raison d’un versement par semaine. Pendant quatre semaines consécutives, chaque emprunteuse doit donc rembourser ¼ de son prêt, soit 375 francs CFA par semaine pour un prêt de 1 500 francs CFA. À la fin de la semaine, le dimanche, les 170 femmes doivent avoir remboursé 63 750 FCFA (375 x 170).

Compte tenu de la forte demande au niveau communautaire, le système de gestion n’attend pas qu’un cycle soit terminé pour en entamer un autre. Un nouveau cycle démarre avec un autre groupe grâce aux sommes versées par le premier groupe.
Dans l’exemple ci-dessus, 42 femmes (soit 63750 / 1500) ont pu commencer un cycle la deuxième semaine. Le premier remboursement de ce groupe coïncide avec le second remboursement du premier groupe si bien que la somme disponible devient plus importante : 63 750 + (375 x 42) = 79 500 FCFA, et ainsi de suite.

Remarque importante : Grâce au contrat négocié avec la SOACAP, le projet bénéficie d’une facilité d’achat à crédit, c’est-à-dire que l’usine livre les marchandises même si le paiement n’est pas garanti. Cet arrangement repose sur la confiance. Aucun frais n’est facturé par ailleurs, étant donné la nature du projet.

Des premiers résultats positifs

Si aucune enquête exhaustive n’a à ce jour été menée pour évaluer l’impact de ce système de crédit sur la santé de la population, des changements considérables ont été observés et montrent que le transport de l’eau est un élément clé de l’hygiène liée à l’eau (propreté autour du point d’eau, transport et stockage de l’eau).

Hygiène

Désormais, le risque que la poussière et les saletés tombent dans l’eau est très réduit, puisque les seaux sont recouverts à la borne-fontaine. Autre avantage, on ne court plus le risque de recouvrir les récipients contenant de l’eau avec des assiettes ou des casseroles sales, ce que faisaient certaines femmes. En essayant d’équilibrer les récipients sur leurs têtes, les femmes devaient parfois mettre leurs doigts sales dans l’eau propre. Celles qui utilisent des seaux équipés de couvercles ont cessé cette pratique. On observe également une diminution du gaspillage d’eau à la borne-fontaine parce qu’une fois remplis, les seaux sont immédiatement recouverts et au moment de les soulever pour les poser sur leur tête, les porteuses n’en renversent pas une partie comme c’était le cas auparavant.

Économies d’eau et facilité de transport

Grâce à l’utilisation de récipients dotés de couvercles, les femmes ne perdent pas d’eau pendant leur trajet jusqu’à la maison, et ne sont plus éclaboussées quand elles marchent.

Transposer la stratégie aux récipients qui servent pour se laver les mains
Avec le soutien de l’équipe de terrain, les personnes qui ont acheté les seaux appliquent maintenant le même système pour obtenir des récipients réservés au lavage des mains, ce qui se traduit par une meilleure hygiène.

Pérennité

Grâce à une gestion saine du fonds et à l’enthousiasme des habitants de Nafadji, on espère que le système perdurera et sera appliqué aux autres domaines de la vie communautaire. En termes financiers, on se demandait au départ comment trouver un fonds de substitution pour remplacer celui que le projet a décaissé au tout début. La réponse a été trouvée grâce à la participation du point d’eau communautaire qui réalise des excédents sur la vente de l’eau. Le fabricant est par ailleurs confiant par rapport à ce projet et disposé à livrer les seaux à crédit, dès qu’un besoin est identifié.

Concernant l’évolution des comportements, il est clair que les femmes n’utilisent pas ces seaux parce que c’est à la mode mais parce qu’elles ont fait l’expérience des avantages pratiques de leur utilisation. S’agissant du développement des compétences, certains membres de la communauté seront capables de gérer le système de façon efficace puisqu’ils ont été impliqués dès le départ. (Il faut cependant impliquer également les leaders communautaires au processus de négociation afin de construire un cadre global garantissant la pérennité du système).

Conclusion

Le succès du crédit rotatif illustré dans l’exemple ci-dessus a permis d’affiner les systèmes de recherche et de gestion du projet. D’autres actions de recherche sont prévues, notamment sur le partage des coûts de construction des puisards, et sur la migration dans les quartiers pauvres et l’impact de cette migration sur les résultats du projet.

L’exemple de Nafadji a soulevé la question du lien entre le crédit et les problèmes de l’eau et de l’assainissement. De cette réflexion est né un concept faisant appel à des professionnels de l’intermédiation financière, notamment des systèmes de financement décentralisés, qui peuvent mettre en place toutes les étapes du système de crédit et en garantir la pérennité.

Cliquer ici pour télécharger Un système de crédit pour l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement